«Merci d’être venu pour un si petit groupe » me dit le beau-fils de cette vieille dame que nous allons confier à Dieu. Et moi de lui répondre du tac au tac, alors qu’on entre dans la chapelle : « mais il n’y a pas de trop petit groupe, en ces circonstances».

Une autre fois, je me retrouve à suivre, au milieu de Bussigny, le cortège qui, du temple, s’en va au cimetière : sept ou huit personnes. Quelques passants s’arrêtent pour nous regarder ; les voitures se mettent de côté. L’image est saisissante et elle me fait penser à ce que l’on dit de la mort de Mozart, juste accompagné de son chien, paraît-il!

C’est comme si le Covid-19 nous remettait devant la réalité glaçante de la mort. Elle est là, abrupte. Et puis il me rappelle qu’il n’y en a pas de grandes ou de petites : une mort est une mort et elle nécessite qu’on prenne soin de ceux qu’elle touche. En comparaison : combien la foule des grands jours est trompeuse ! A la fois elle oublie de se déplacer, pas toujours apte à reconnaître le réel génie des gens et, à la fois, elle est volage, si peu fidèle dans son accompagnement.

Quand une famille m’appelle, je vais… et c’est alors que je découvre la réalité sociale du mort. Pourtant, ici, je me demande si je ne suis pas plus utile quand il n’y a presque personne : une présence formelle qui donne du poids, qui valide, qui reconnaît le chagrin causé par l’absence qui semble en émouvoir si peu. Et avec moi, l’organiste, la concierge et l’employé des pompes funèbres… Une mort est une mort : un point c’est tout!

Laurent Zumstein, pasteur