C’était il y a trente ans en Tchécoslovaquie. La révolution de velours.

Le régime communiste quitte le pouvoir sous la pression de manifestations pacifiques.

Vaclav Havel est la figure de proue du mouvement. C’est un écrivain. Il apporte un souffle, une vision. La grisaille du communisme doit céder la place à quelque chose d’autre, à quelque chose de fort et de beau.

La suite a été ce qu’elle a été : des changements en nombre, mais pas vraiment un monde nouveau. Certains en concevront de l’amertume : « À nouveau des mots vides de sens ! » Il est facile de parler d’amour et de vérité. En faire une réalité, c’est autre chose.

Vaclav Havel en était bien conscient. Sa formule n’avait rien d’une incantation magique. Elle soulignait un manque pour susciter une attente, une envie, une soif. Car on s’habitue à tout. Même à l’absence de liberté. Même à un quotidien sans perspective. Même à la haine et au mensonge.

Pour changer, il faut prendre conscience que l’on se trouve dans une terre aride, desséchée, sans eau. C’est alors que l’on peut parler d’amour et de vérité. Mais pas avec les accents de la revendication. Avec ceux de la prière.

L’expérience communiste l’a montré : les mots d’ordre finissent toujours par sonner creux. L’essentiel ne s’impose pas à la force du poignet. C’est un don venu d’en haut. On ne peut pas l’exiger. On ne peut que l’espérer, l’appeler, l’accueillir. Dans la foi. Et dans la reconnaissance.

Jean-Nicolas Fell, pasteur à Yverdon