Je suis au milieu des cartons, un peu déboussolé. Par où commencer? Qu’est-ce qui est prioritaire? Que garder, que donner, que jeter? Trop petit, trop grand, est-ce que cela passera? Mille et une questions s’affolent, à m’en donner le tournis.

Mais au-delà de la fatigue et du trouble que génère le déménagement, il y a cette formidable occasion de visiter ma mémoire, parfois cachée dans des objets dont j’avais oublié jusqu’à l’existence. Plus encore, il y a la prise de conscience du temps qui passe, des possibilités encore offertes, de celles auxquelles il me semble raisonnable de renoncer, de celles que je n’ai pas saisies.

Je réduis ainsi le volume de ma bibliothèque, prenant chaque livre dans ma main, l’écoutant me dire s’il a quelque avenir avec moi ou s’il doit continuer sa vie ailleurs. Chacun me rappelle un moment, un désir, un projet, une étape de vie, et certains sentent bien que leur temps est passé. D’autres sont encore comme autant de promesses et me font amicalement signe.

Il me faut l’urgence du déménagement pour faire le tri, peser et soupeser, choses que j’aurai pu ou dû faire plus tôt, et peut-être même avant d’acheter ! Déménager me rend humble quant à mes choix passés et à mon discernement.

Déménager, c’est le temps d’une ascèse, d’un allègement salutaire, d’un apprentissage du mourir. Déménager, c’est au fond faire carême. Et c’est bien !

Bernard Bolay, pasteur