Compétences collectives de la spiritualité protestante

competencesLa spiritualité n’est pas une pastille que l’on peut se procurer auprès d’un alchimiste, fût-il un pasteur ou un professeur de théologie. Ce sont des compétences personnelles et collectives, qui se fécondent à la manière protestante. Plus l’individu est reconnu dans son apport, plus la communauté a tendance à développer des compétences collectives. À commencer par la prière, relation personnelle avec le Christ. Le charisme de certains enrichit la prière de tous. Si bien que les formes de prière protestantes dépendent des communautés et balaient un large spectre, d’une ferveur spontanée et mystique dont Taizé est un emblème, à une joie contenue, en passant par des pratiques nouvelles qui visent à prendre en charge le corps personnel ou social, sain ou malade.

Notons aussi, dans une direction différente, l’économie de formes religieuses extérieures, marque du protestantisme en particulier réformé. Elle l’a poussé à développer une autre compétence collective, celle d’une religiosité intériorisée, susceptible de donner du sens et penser la vie. La liberté des maîtres spirituels protestants de chercher des formes de vie chrétienne adaptées à leur temps a inspiré des dynamiques d’accompagnement, profondes, reconnues par de larges publics.

Autre compétence collective protestante, la recherche d’une éthique en cohérence avec la foi. La clairvoyance de certains incite un plus grand nombre à entrer dans des formes de vie et d’engagements, politique, écologique ou autres, qui expriment des différences, porteuses d’authentiques spiritualités, tant il est vrai que l’Evangile n’éloigne pas du monde, bien au contraire.

En protestantisme l’individu a toujours la possibilité d’engager une remise en question, forme de « geste protestant » qui s’enracine dans la Réforme. Pour accueillir et discerner la pertinence de cette force critique, la spiritualité protestante a développé au fil des siècles une valorisation et une légitimation du positionnement personnel du croyant. Sa conscience et ses expériences personnelles sont légitimes pour enrichir, voire aiguiller le cheminement collectif et les médiations (vérités, formulations) dont il a besoin.