Si nous ne sommes plus idolâtres, alors à qui sacrifions-nous des emplois, pour ne pas dire la vie d’employés et d’agriculteurs?

Si nous ne sommes plus idolâtres, alors à qui sacrifions nous des vies et des espaces considérables pour que nos véhicules circulent librement et rapidement (ce qui s’avère de moins en moins vrai !)?

Si nous ne sommes plus idolâtres, à qui sacrifions-nous des vies et des libertés humaines pour que nous puissions bénéficier de la toute dernière technologie?

Nous sacrifions à la déesse Economie, la toute-puissante qui nous bénira et nous protégera des affres de la récession si, nous mettant à son service, nous contribuons à son incontournable croissance.

Nous sacrifions à la déesse Mobilité, au point de lui offrir le plus grand des temples jamais construits de mains humaines, nos routes et autoroutes, organisant nos espaces et nos lieux de vie en fonction d’elle.

Nous sacrifions à la déesse Nouveauté, pour que toujours nous goûtions au plaisir de la possession, à l’ivresse de la découverte, à l’excitation de tenir en notre main le monde entier.

Nous sommes toujours idolâtres. Nous ne cessons de rendre un culte non religieux à des divinités de substitution, dont les lois semblent d’autant plus impérieuses qu’elles sont occultes. Nous sacrifions à des idoles, aveugles quant au devenir de l’humain et du monde qui l’accueille.

Et si nous saisissions que la seule chose sacrée, méritant toute notre attention, c’est l’espace de la relation aux autres, aux vivants, au Vivant ? Que le seul don à faire — non plus un sacrifice — c’est celui de notre temps, de notre disponibilité, de notre écoute pour qu’autrui vive?

Bernard Bolay, pasteur dans région Riviera-Pays-d’Enhaut