Vous le savez peut-être, le Parlement Canadien a édicté en mars dernier une loi étrange. il est désormais interdit d’y critiquer…. l’Islam. Vous avez bien lu : l’Islam. Contre le judaïsme, le christianisme, le bouddhisme, le jaïnisme etc… vous pourrez vous lâcher, mais pas contre l’Islam.

Une loi religieuse dans un pays laïc ? Loi religieuse, oui : le Texte sacré, le Coran interdit de critiquer l’Islam. Comment en est-on arrivé là ?

C’est que les institutions qui forment là-bas l’opinion publique sont travaillées par le « complexe de culpabilité » de l’homme blanc et par une grille de lecture sociologico-historique qui explique tout en termes de domination et de communautés. Pour cette doxa, il y a d’un côté les blancs dominants et de l’autre tous les autres peuples, dominés, dont les musulmans seraient les premiers. L’argumentaire est connu : Croisades, colonisation, banlieues, pauvreté, tout le mal viendrait des blancs. Et aussi des Juifs qui seraient entrés dans le camp des dominants en 1948.

Une telle vue des choses est fausse. La place manque pour le démontrer et ce n’est pas le but de ce billet. Il faut plutôt rappeler que dans nos pays où le religieux est séparé de l’Etat, cette séparation repose précisément sur le droit d’écarter ce qui, dans la religion, menace la cohésion sociale. Pour ce faire, il faut pouvoir la critiquer.

Entendons-nous bien : critiquer signifie « distinguer, jauger, penser, juger » ; c’est une faculté de discernement qui peut passer, parfois, par la caricature ou la moquerie. C’est cette faculté que le Canada interdit, et c’est grave, car on muselle ainsi l’intelligence spirituelle.

Pourquoi une telle réflexion pour ouvrir le temps de l’Avent ? Parce que dans les évangiles, l’enfant envoyé par Dieu est précisément visé par ces alliances entre politiques et défenseurs de la religion. Il en mourra trente ans plus tard.

Ce qui est le plus précieux en l’être humain est menacé de mort quand politique et religion se concertent au lieu de s’interpeller l’une l’autre. Ce n’est pas seulement l’Evangile qui le dit : l’histoire l’a montré aussi.

Jean-Patrice Cornaz, pasteur à Grandcour.