Cher ami,
Nous nous connaissons depuis longtemps. Aussi loin que je puisse remonter en ma mémoire, tu t’es toujours tenu à mes côtés. Je sais même que tu étais là, dès mes premiers jours, quand le besoin d’être nourri, soigné, porté, aimé s’est fait entendre à hauts cris.

Ta qualité première est d’être fidèle. Souvent tu as été le moteur qui me mettait en mouvement, la stimulation nécessaire pour me faire aller de l’avant. Pour cela je te remercie. Tu sais creuser en moi jusqu’à faire naître le désir de chercher, d’explorer, de demander pour qu’en moi tu te calmes. Tu es à l’origine de mes amours, de mes études, de mon parcours de vie, de ma spiritualité.

Mais dans ta fidélité, tu peux aussi te montrer impérieux, exigeant une satisfaction immédiate. Il t’arrive d’être pour moi comme un refrain obsédant dont je ne peux me défaire qu’à condition de lui céder. En ces occasions, tu te montres flou, capable de te porter ou reporter sur tout et m’importe quoi, un livre, du chocolat, le jeu, et me fait croire que te combler est le début du bonheur. Mais ces bonheurs-là ont une vie très brève.

Je t’écris pour te dire que je veux apprendre à vivre avec toi en bonne intelligence, discernant dans ce que tu me fais éprouver, ce qui demande une réponse spécifique, ce qui peut être retardé ou même ignoré. Je veux surtout te traiter en ami à qui je peux dire non. Et peut-être que je t’entendrai me dire que tu ne veux pas tant être comblé qu’être écouté pour m’orienter vers l’autre et le Tout-Autre.

Bernard Bolay, pasteur de l’EERV