Un président aux immenses pouvoirs nous a fait entrer de plein pied dans les « faits alternatifs ».

Cela consiste à tordre les faits pour qu’ils correspondent à la vision que j’ai du monde ou au discours que j’aimerai faire passer. Ensuite, il suffit de faire circuler cette nouvelle dans le cercle des personnes à qui elle convient pour qu’elle prenne du poids : plus les gens qui y croient sont nombreux et plus elle devient vraie. Ainsi, petit à petit, toute une communauté de « croyants » (au fait alternatif) est amenée à vivre dans une réalité virtuelle.
L’annonce de la résurrection de Jésus qui a conduit à la naissance de l’Eglise ressemble furieusement à ce scénario. Ne pouvant se résoudre à la mort de leur maître, les disciples ont inventé la résurrection et ont entraîné toute une communauté de naïfs qui professent désormais une foi déconnectée de la réalité.

Cette ressemblance troublante ne fait pas de la résurrection un fait alternatif pour autant, pour les trois raisons suivantes :

D’abord, les évangiles nous montrent que les premiers à ne pas croire à la résurrection sont les disciples eux-mêmes. Lorsque Jésus leur annonce qu’il va mourir et ressusciter, ils n’y croient pas un instant. Quand ils découvrent le tombeau vide, ils sont surpris mais pas convaincus. Même le témoignage de ceux qui ont revu Jésus n’est pas suffisant pour Thomas qui veut toucher le Ressuscité pour y croire. Ces disciples, qui croient à reculons, semblent bien incapables d’inventer la résurrection.

Ensuite, la résurrection n’est pas un « fait » au sens où nous l’entendons habituellement car elle n’appartient pas à notre monde. Jésus est ressuscité dans le monde de Dieu, c’est un événement céleste comme essaie de la raconter l’Ascension. Comme croyant, je reconnais que la résurrection n’est pas un fait possible dans notre monde ici-bas.

Finalement, si la résurrection de Jésus nous ouvre la porte du Royaume de Dieu, c’est bien pour nous aider à vivre ici-bas. Croire en la résurrection, c’est accepter que notre vie est mortelle. Ce n’est pas le plus petit défi qui nous soit donné d’affronter. Combien d’entre nous aimeraient que la mort soit une fake news ?

Laurent Bader, pasteur à Vufflens-la-ville