De quoi vraiment ai-je besoin?

Il y a ces jours étranges où en moi se creuse un vide, à la hauteur du plexus. Comme un désir d’autre chose, un besoin impérieux de changement, une envie sans nom qui demande à être satisfaite.

Heureusement que les publicitaires viennent à mon secours. Ce désir, ce besoin, cette envie, ils se chargeront volontiers de lui donner une consistance. Et vite, parce que c’est maintenant qu’il faut profiter, verbe sacré des communicants qui me font passer pour un idiot si je ne sais pas le conjuguer au présent, à la première personne du singulier.

Il suffit, à les lire ou à les entendre, d’un smartphone, d’une machine à laver, d’un dentifrice, d’un soin antiride, d’une barre chocolatée, d’un régime minceur, tous nouveaux, bien sûr, pour combler, au-delà même de mes attentes et espérances, le creux qui se forme en moi. Peu importe la forme du manque, ils auront toujours quelque chose à me proposer.

J’apprends à ne pas les écouter. Et j’apprends aussi à accueillir le vide, non comme un sentiment à combattre ou comme une imperfection, mais comme un appel à vivre autrement. Dans la relation à autrui plutôt que dans la possession d’un objet.

Dans une dizaine de jour, nous entrerons dans le temps du Carême, en mémoire du parcours du Christ. Un temps pour creuser plus encore le vide, volontairement, et pour l’écouter. Il se pourrait qu’une voix s’y fasse entendre: «De quoi vraiment as-tu besoin?» ou «Que veux-tu que je te fasse?».

Bernard Bolay, Pasteur