Calculer, n’est-ce pas ce qu’on a pris l’habitude de faire partout ?

Il semble que compter évacue les incertitudes, les critères moins objectifs.

Pour évaluer la pertinence de tel ou tel événement, la première et presque unique question que l’on pose c’est : est-ce qu’il y avait du monde ? Cela fait penser à cette phrase d’un penseur connu « c’est le nombre de spectateurs qui métamorphose une bêtise en événement « . L’économie vous dira que tout ce qui n’est pas chiffrable est coupable rêverie. Or, le nombre, à lui seul, est incapable de rendre compte des buts, de la qualité, du sens, de tout ce qui est la finalité de la vie humaine. On dénie l’importance de ce qui peut se vivre à quelques-uns pour vouloir à tout prix se rassurer en étant nombreux. Cette métamorphose est présente partout dans la société. Mais ce qui m’ennuie, c’est qu’elle soit à l’œuvre aussi dans l’Eglise. Là ou, plus qu’ailleurs, on devrait garder en vue que  la pertinence ne dépend pas du nombre. Compter, dans la Bible, n’est pas une bonne chose. Quand David recense ses hommes avant de partir à la guerre, il est condamné par Dieu pour cela. La seule fois ou Dieu propose à un homme de compter, c’est quand il suggère à Abraham de compter les étoiles et les grains de sables, pour lui promettre qu’aussi nombreuse sera sa descendance, belle ironie : comptes, si tu peux ! La grâce de Dieu ne se mesure pas… par contre dans l’Apocalypse, la bête qui menace l’humanité, elle, n’est plus qu’un chiffre : 666. Nous-même n’en sommes pas toujours indemnes, de cette envie de quantifier, quand nous avons pu rassembler du monde, nous y voyons un signe de reconnaissance, mais cela ne doit jamais être le premier et seul critère de pertinence. Compter a toujours pour but au fond de projeter une image suffisante de nous-même, c’est une idolâtrie.

Christine Nicolet pasteure