Béatrice Métraux au Synode de l'EERV

Béatrice Métraux au Synode de l’EERV

« Le Conseil d’Etat est attaché aux liens privilégiés qui lient les autorités politiques et les autorités ecclésiales de ce canton. » 

Synode des 2 et 3 novembre 2018 – Discours de la Conseillère d’Etat Béatrice Métraux

«Madame la Présidente du Synode, Monsieur le Président du Conseil synodal, Mesdames et Messieurs en vos titres et fonctions, je tiens à vous remercier très sincèrement de me donner la parole ce jour devant le Synode.

Je tiens toutefois à vous rassurer – c’est une boutade – nous ne sommes pas en 1845 et je ne vais pas vous demander de soutenir et faire soutenir auprès de vos paroisses une quelconque réforme de la Constitution. Non, pas d’ingérence de ma part, le spectre d’une nouvelle scission n’est donc pas je l’espère à l’ordre du jour.

Alors que l’Eglise libre et l’Eglise nationale se sont réunifiées il y a maintenant 52 ans, ce ne serait vraiment pas le moment de se risquer à un nouveau schisme, bien au contraire. Mesdames et Messieurs, l’heure est à l’union et j’y reviendrai.

Le Conseil d’Etat est attaché aux liens privilégiés qui lient les autorités politiques et les autorités ecclésiales de ce canton. Des liens que les constituants et après eux la population vaudoise ont voulu confirmer dans notre Constitution de 2003. Notre Constitution reconnaît effectivement la dimension spirituelle de la personne humaine mais également la contribution des Eglises et des communautés religieuses au lien social et à la transmission de valeurs fondamentales.

Ces dernières années, votre Eglise a vécu de nombreux changements. En premier lieu, il y a eu la reprise de toute la gestion des postes de travail. De l’Etat employeur, vous avez basculé vers le modèle où vous avez dû apprendre un nouveau métier et professionnaliser des processus en la matière. Ce n’était pas une mince affaire que de reprendre quelque 210 EPT. Mais cette nouvelle responsabilité en matière de ressources humaines s’est également déroulée dans une période de diminution des ressources financières par un rééquilibrage entre l’EERV et la FEDEC afin de rapprocher les deux coûts unitaires moyens. Ainsi, pour reprendre l’une des expressions préférées du Président du Conseil synodal, Mesdames et Messieurs, votre Eglise se trouve véritablement au milieu du virage. Le Conseil d’Etat est très conscient des enjeux qui sont les vôtres et il va continuer à soutenir l’action de votre Eglise.

«…le Conseil d’Etat est vraiment attaché au fait d’une Eglise qui s’engage au service de toutes et tous.»

Des décisions décisives entre les Eglises et une délégation du Conseil d’Etat vont avoir lieu ces prochaines semaines afin de renouveler la convention de subventionnement pour ces prochaines années. Dans un climat budgétaire assez compliqué, avec des baisses de recettes fiscales et de nombreux besoins, ça n’est jamais un exercice facile. Mais, Mesdames et Messieurs, j’en prends l’engagement avec Monsieur Golaz et la délégation des communautés, nous allons nous y atteler avec enthousiasme et détermination. Toutefois, je peux vous le dire ici, le Conseil d’Etat est vraiment attaché au fait d’une Eglise qui s’engage au service de toutes et tous.

Ainsi, le Conseil d’Etat soutient en particulier les missions d’aumônerie exercées dans les hôpitaux, les EMS, les établissements pénitentiaires ou les établissements d’enseignement secondaire. Je sais aussi que la police cantonale vaudoise apprécie tout particulièrement votre engagement dans le cadre de l’équipe de soutien d’urgence lorsque malheureusement tragiquement des destins basculent et qu’il
faut trouver les bons mots, les bons gestes, la bonne attitude pour faire face au gouffre qui s’ouvre face au processus de deuil. Je tiens à vous remercier d’être là à ces occasions et pour l’accompagnement que vous faites à de si nombreux moments malheureusement très marquants dans une vie.

Je me permets donc d’insister sur ces missions au service de tous, en plus des missions cultuelles, car je sais que vous êtes en plein débat sur les dotations budgétaires entre les paroisses, les Régions et le centre avec parfois quelques antagonismes qui semblent illustrer une certaine résistance de la base contre le haut.

«Les cinq solas de Luther sont […] toujours d’actualité: Sola scriptura, Sola fide, Sola gratia, Solus Christus ou encore Soli Deo gloria.»

Alors, après 500 ans de réforme, nul n’est besoin d’insister sur le fait que pour vous, les protestants, il n’y a pas besoin d’intermédiaire entre l’Homme et son expérience de la foi. Les cinq solas de Luther sont donc toujours d’actualité: Sola scriptura, Sola fide, Sola gratia, Solus Christus ou encore Soli Deo gloria. Peut-être que cette approche du salut de l’homme influence-t-elle ce lien au pouvoir central séculier et à plus forte raison de l’Etat.

Mais je tiens à souligner ici que ce dernier met à disposition de votre Eglise et de l’Eglise catholique plus de 61 millions de francs par année. C’est une certaine somme qui demande aussi une professionnalisation de vos structures dans la gestion parcimonieuse des deniers publics, ce qui est le cas je le souligne. Ainsi, en cette période de renouvellement de la convention de subventionnement et en cette fin de législature de vos autorités ecclésiastiques, je ne peux que vous encourager, Mesdames et Messieurs, à veiller à la continuité et à la stabilité de vos institutions. Je vous enjoins à travailler de manière collective et unie.

Comme je le disais en ouverture de ce message, l’heure n’est nullement à la guerre de clocher mais à l’union. Il convient donc de travailler en fraternité et de montrer l’exemple. Cela n’empêche en rien la critique et le débat démocratique – du reste tous les mardis ici il y a le débat démocratique – mais il convient de se rappeler de l’importance du bien commun de l’ensemble de l’Eglise et de l’ensemble de la population vaudoise. D’ailleurs, je me permets de souligner devant vous l’importance de tout mettre en oeuvre pour assurer une paix confessionnelle durable sur nos terres. Les religions ou mouvements religieux ont une part de responsabilité très importante dans de nombreux conflits passés et présents, malheureusement peut-être futurs. Il m’apparaît donc crucial et urgent de s’ouvrir à l’altérité, à la pluralité de ce monde et des expressions de la foi – c’est d’ailleurs à l’ordre du jour de votre Synode – car je suis persuadée qu’en respectant l’autre comme étant vraiment autre, nous semons alors les graines d’une société de paix.

Je me permets à ce titre de relire le préambule de la Constitution vaudoise qui sonne comme un rappel des valeurs que tant l’Eglise que l’Etat se doivent de manifester dans leur action et leur attitude: «Pour favoriser l’épanouissement de chacun dans une société harmonieuse qui respecte la Création comme berceau des générations à venir, soit ouverte au monde et s’y sente unie, mesure sa force au soin qu’elle prend du plus faible de ses membres, et conçoive l’Etat comme l’expression de sa volonté, le peuple du canton de Vaud se donne la Constitution suivante […]».
Je tiens avant de conclure à vous remercier toutes et tous pour votre engagement, pour votre travail, votre passion à contribuer de manière positive à ce monde et à vous mettre au service de notre
communauté et de toute la population du canton. Je suis régulièrement touchée par le travail des Eglises, le plus souvent de manière bénévole. Je suis touchée par ces personnes qui donnent de leur temps, de leur coeur, de leur énergie.

J’ai eu l’occasion d’être témoin à plusieurs reprises de l’impact que votre présence génère, lors d’événements importants pour la vie institutionnelle de notre canton. Je pense par exemple à votre présence lors de l’inauguration du Parlement où nous nous trouvons ou de la cérémonie d’assermentation des autorités politiques à la Cathédrale en 2017. Votre présence donne cette hauteur, ce renforcement des valeurs que seule la vie spirituelle sait apporter. Moi-même j’ai eu l’occasion de vivre ces moments très forts grâce à vous – je vous en remercie – par exemple lors du culte de consécration. J’ai eu aussi l’occasion de dire quelques mots à la Tour-de-Peilz, c’était des moments forts, des échanges forts, et je vous en remercie. Je crois vraiment en l’importance et au rôle de la spiritualité dans nos vies respectives et pour notre société.

Je terminerai ce discours en insufflant ici un petit air d’oecuménisme par la catholique que je suis. J’aimerais alors évoquer la figure de Ste-Thérèse de Lisieux, une femme remarquable et d’une détermination extraordinaire. Elle aura vécu ses dernières années dans de terribles souffrances en raison d’une tuberculose particulièrement virulente. Mais même dans cette obscurité et cette douleur, elle a continué à dire: «Ma seule boussole c’est l’abandon».

Cet abandon, Mesdames et Messieurs, c’est celui de la foi donc de la confiance. C’est un choix, une volonté. Je crois qu’avec les temps assez troublés dans lesquels nous vivons il est juste et nécessaire de faire confiance, de se faire confiance. Ste-Thérèse de Lisieux nous invite à pratiquer la petite voix de la confiance, la petite voix de l’amour et ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Cette invitation à l’amour est à entendre à tous les niveaux.

«L’amour fait de petits gestes d’attentions mutuelles est aussi civil et politique…»

Le Pape François – qui je dois le dire m’inspire beaucoup – a écrit la chose suivante dans le Laudato Si, encyclique sur l’écologie que je vous invite toutes et tous à lire ou à relire: «L’amour fait de petits gestes d’attentions mutuelles est aussi civil et politique. Il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L’amour de la société et l’engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité qui non seulement concerne les individus mais aussi les macro-relations, rapports sociaux économiques et politiques. C’est en quoi l’Eglise a proposé au monde l’idéal d’une civilisation de l’amour». Je nous invite à garder cet amour du prochain, cette fraternité et surtout cette unité et à ce que cela devienne la boussole dans les attitudes, les choix, les gestes, les décisions que nous incarnons chaque jour.

Mesdames et Messieurs, encore une fois merci de cette invitation. Je vous souhaite de belles réflexions, un très bon Synode et d’ores et déjà une très belle entrée dans l’Avent. Je vous remercie de votre attention.»

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