Joie de l’été de quelques brasses sous l’eau en silence.

Ou alors, lorsque le monde retient son souffle. C’est arrivé quelque fois. Souvenez-vous pour les plus anciens de la crise des missiles de Cuba, années soixante. La troisième guerre mondiale était aux portes. Souvenez-vous de la mission Apollo XIII, les astronautes américains allaient-ils s’en sortir, années 70, bien mis en lumière par un film grand public. Et aujourd’hui ; Kobané, un bateau plein de migrants, la Crimée, les banques… l’Europe ou le monde est vite en apnée.

Il a fallu « Le grand bleu », autre film culte, pour nous faire découvrir ce sport si étonnant de la plongée profonde. Une belle histoire d’amitié, d’amour et de mort, ou pas, selon la version éditée du film. On y découvre la passion, ces hommes, aujourd’hui aussi des femmes, qui repoussent volontairement les limites de leur souffle de vie pour un sport, entre exploit physique, esthétisme et mystique des profondeurs…

A titre privé, nous avons tous vécus de ces moments intenses ou dans l’attente d’un événement, d’une nouvelle, du résultat d’examen, d’une biopsie, ou au décès d’un proche, le temps s’est arrêté -il a suspendu son vol- et livrés à l’attente, nous avons retenu notre souffle. Parfois les larmes aux yeux, parfois en balbutiant une prière, choqués ou atterrés, immobiles. Ces moments-là n’ont pas fait les titres, ne font pas les films mais ils sont les nôtres, à nuls autres pareils.

Puis, au bout du bout, il est un instant subtil dans l’apnée, c’est celui où l’on reprend son souffle, où poussé par la nécessité ou la décision, ou ce je-ne-sais-quoi qui nous force à reprendre un peu d’air. Cet instant est unique et pourtant déjà passé, mais la vie revient. Le monde respire, le sportif est heureux, et nous faisons avec ces instants cicatrices ou bonheurs des socles pour notre souffle à venir. Il y a quelques choses de magnifique, de l’ordre du baptême, comme lorsque l’on coule le candidat, complètement dans l’eau, pour le remettre à la surface. Il ressort avec un nouveau souffle dans sa vie, une résurrection. Dieu est pour nous parfois lisible dans l’instant furtif de cette sortie de l’apnée, quand le monde où chacun de nous ressurgit enfin. Comme dans le cri premier d’un nouveau-né !

François Lemrich, pasteur à Grandson